Cambridge subtitle

ou
Si « Scarface » m’était personnellement conté

 

Confortablement attablé.e.s à la brocante Alaska, nous nous étions livré.e.s au rituel mensuel de choix du thème, qui aurait pu être « Hit machine », mais non, au final c’est « sous-titre » qui remporta la mise.

Vote sous-titre

« C’est bieeeeeenn, ça ! »

Ce qui se cache sous un titre est-il de même nature que ce qui se cache sous le langage ? Les petits coups de canifs que l’on porte parfois, pour un oui ou pour un non, les faux semblants, etc.

Si l’on soulève le coin d’un titre, trouve-t-on de la poussière ? Un sur-titre est-il confortable et molletonné, avec un chat qui ronronne dessus ?

Selon la définition, le sous-titre est « un titre secondaire (d’un ouvrage, d’un journal, d’une revue, d’un article de presse, d’un texte), placé après le titre principal, souvent en dessous et servant à préciser le sujet. »

En littérature, comme dans la hiérarchie parfois, le titre a plus d’importance, plus de c(l)asse ! Mais son sous-titre enrichit, livre des clefs de compréhension.

Sous-titre évoquerait plutôt le cinéma. Muet, ses scènes étaient explicitées par des intertitres, puis peu à peu, par des sous-titres plus petits et mieux répartis.

Le cinéma parlant, lui, utilise les sous-titres comme une traduction, qui appauvrit souvent le sens original, ne restitue pas toujours bien l’expérience.

« Oh oui, oh oui ! »

Peut-on sous-titrer des sensations ? Pour un.e malentendant.e ou un sourd.e, le sous-titre devient-il sur-titre ?

En cherchant sur Internet des infos relatives au sous-titrage pour malentendant.e.s., j’étais tombée sur un article où un traducteur expliquait comment il avait eu à sous-titrer un film porno pour public sourd.e.

Cela avait fait naître des tas d’interrogations sur la sexualité des malentendant.e.s versus celle des entendants.e.s, au sujet de l’érotisation des sons ou des paroles.

Et pour les entendant.e.s, cette érotisation lors du rapport sexuel est tellement genrée et standardisée … [« oh oui, oh oui ! », etc.] Existe-t-il autant de films ou l’homme soit filmé hurlant, lors de l’extase finale, que pour les femmes ? A part pour des publics homos ?

(src : L’Encyclopédie de la parole)

 

Au commencement était le script ?

A quand cela pouvait-il bien remonter ? Avant la captation audiovisuelle, il y avait la captation sonore, et encore avant, il y avait la littérature, et avant le littérature, il y avait la figuration, des vases grecs aux fresques de Pompeï, tout ça, toujours enregistré, filmé, écrit, modelé, peint par … des hommes.

Pour s’en affranchir, il faudra sans doute quelques générations. Mais avec Youporn, XTube, Pornhub et tout le bastringue, la bataille s’avère inégale.

Lost in translation
I love you
(Godard)

Doit on tout sous-titrer, même ce qui est inaudible ?

Ceux qui lisent sur les lèvres détiennent normalement le secret de « Soleil vert », dévoilé dans une scène bien avant le dénouement final.

 

Au cinéma, dans la littérature comme dans la vie, la traduction d’un texte dans une autre langue est tout sauf anodine ! Avec les algorithmes de Google, traducteur.trice ou sous-titreur.treuse entrent dans la catégorie des métiers en voie de disparition (en plus d’être mal payés).

 

Eh oui, les IA hantent nos vies, hantent nos nuits. Comme dans « The Thing », tapies dans l’ombre, elles nous sautent à la gueule pour aliéner nos facultés !

La dernière fourberie en date et non des moindres, était l’affaire Cambridge Analytica. Où comment des milliers d’internautes s’étaient laissé.e.s séduire par des tests psycho et avaient donné à la maline société l’accès à leur compte Facebook, et par là même, accès aux données de toutes leurs relations. Ainsi, la société avait pu analyser les profils, faire du ciblage et matraquer de contenus les internautes pour influer dans la campagne électorale au profit de Trump.

L’intelligence artificielle est un benshi

D’après wikipédia : « Les benshi (弁士 ou katsudo-benshi 活動弁士) commentaient les films, lisaient les intertitres (pour un public largement analphabète) et énonçaient les dialogues des acteurs durant la diffusion à l’époque du cinéma muet au Japon.

Les textes étaient inventés par les benshi pour l’occasion et se substituaient à l’autonomie narrative du film : le benshi pouvait même raconter une histoire très différente, selon les besoins, à partir d’un même film. Certains d’entre eux étaient très populaires et parfois plus connus que les réalisateurs ou acteurs des films qu’ils commentaient. »

Pour « sous-titre », j’ai imaginé un futur où les internautes se verraient proposer des versions personnalisées de films, composées en fonction des données collectées sur leurs comportements et leurs personnalités supposées. Pour les influencer, ou simplement les contenter, les conforter dans leur « bulle de filtre », pour qu’ils continuent à acheter ou à voter …

Ainsi, dans l’esprit d’exercices de style, j’ai créé quatre versions sous-titrées du film Scarface(*) [les 8 premières minutes seulement !], correspondant à quatre typologies de personnalités.

A vous de trouver lesquelles !  [cliquer ICI pour commencer]

(L’idée était d’utiliser un algorithme créé par Tomylamarave, qui aurait interchangé des adjectifs, compléments d’objet, etc. avec leurs équivalents dans le champ lexical personnalisé. Mais par manque de temps, j’ai eu recours à ma propre intelligence)

Scarface Porn addict

Scarface mystique

 

Les sous-titres en format .srt => scrf01 ; scrf02 ; scrf03 ; scrf04

Toi aussi, créé tes propres Scarface à partir du STFR original ! soustitre_scarface_fr

(*) « En 1932, Howard Hawks décrit le destin tragique d’un gangster balafré, Scarface. Mais l’autorité de censure hollywoodienne, chargée du respect du code Hays, estime que le film glorifie la violence. Le film doit être distribué avec ce sous-titre : « La honte de la nation ». Cinquante ans plus tard, la censure n’existe plus et Brian De Palma peut baptiser son remake Scarface, tout simplement. »

Scarface, the shame of a nation

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Merci de leur aide 🙂 : le tandem quizeur Gaëtan-Arthur, et Ben, le SAV temps-réel.

Des liens :

Logiciels libres : extraction et montage vidéo Avidemux ; sous-titrage  Subtitle composer

Revue L’écran traduit : « Les deux sous-titrages américains du Château de l’araignée »

Affordance Info : « Le babil de babel »

Xavier de La porte (France Inter), « Netflix : quand la série s’adapte aux goûts du client »

François Perea, « Éléments du pathos pornographique », Questions de communication [En ligne], 26 | 2014, mis en ligne le 31 décembre 2016. URL : http://journals.openedition.org/questionsdecommunication/9245 ; DOI : 10.4000/questionsdecommunication.9245  et interview ici.

Ovidie : « Dites, c’est quoi le problème avec le porno féministe? »

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